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Le smartphone \u00e0 la main, accapar\u00e9 par une communication orale, la r\u00e9daction ou la lecture d’un texto, d’un t\u00e9l\u00e9chargement, ou d’une recherche sur le web, les \u00e9couteurs aux oreilles, coup\u00e9 de son environnement et plong\u00e9 dans un univers int\u00e9rieur sous contr\u00f4le, l’individu hypermoderne ne per\u00e7oit que de mani\u00e8re accessoire son environnement physique et humain.<\/p>\n
La soci\u00e9t\u00e9 num\u00e9rique n’est pas dans la m\u00eame dimension que la sociabilit\u00e9 concr\u00e8te, avec des hommes ou des femmes en pr\u00e9sence mutuelle qui se parlent et s’\u00e9coutent, attentifs les uns aux autres. Elle morcelle le lien social, d\u00e9truit les anciennes solidarit\u00e9s au profit de celles, abstraites, des r\u00e9seaux sociaux ou de correspondants physiquement absents. Paradoxalement certains la voient comme une source de reliance alors que jamais l’isolement des individus n’a connu une telle ampleur. Jamais le mal de vivre des adolescents et des personnes \u00e2g\u00e9es n’a atteint un tel niveau.<\/p>\n
La dissociation est d\u00e9sormais une donn\u00e9e banale du quotidien, surtout pour les adolescents, puisqu’elle se donne techniquement avec aisance et lib\u00e8re un imaginaire de compensation face aux frustrations banales. Elle est aussi un outil de lutte contre l’ennui, m\u00eame de quelques minutes d’attente, et une \u00e9chapp\u00e9e belle hors des contraintes du lien social.<\/p>\n
David LE BRETON est professeur de sociologie \u00e0 l’Universit\u00e9 de Strasbourg. Membre senior de l’Institut universitaire de France. Membre de l’Institut des \u00e9tudes avanc\u00e9es de l’Universit\u00e9 de Strasbourg (USIAS). Il est l’auteur d’une \u0153uvre consid\u00e9rable, avec entre autres : Marcher la vie. Un art tranquille du bonheur, Rire. Une anthropologie du rieur, et La saveur du monde.<\/p>\n