Le Conseil D\u00e9partemental et la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis du mus\u00e9e organisent un concours intitul\u00e9 \u00ab Libert\u00e9 d\u2019 Expressions\u00a0\u00bb destin\u00e9 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re un tableau qui doit faire son retour au Mus\u00e9e mais dont l\u2019identit\u00e9 est pour le moment tenue secr\u00e8te.<\/strong><\/p>\n En effet, avant que le tableau ne soit officiellement expos\u00e9 au public, la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis des Mus\u00e9es et de la BMI en collaboration avec le Mus\u00e9e D\u00e9partemental d’Art Ancien et Contemporain proposent aux sculpteurs, peintres, vid\u00e9astes, dessinateurs et photographes<\/strong> de r\u00e9aliser une \u0153uvre \u00e0 partir de la description du tableau<\/strong> faite par le po\u00e8te Richard Rognet<\/strong>* et la romanci\u00e8re Jeanne Cressanges<\/strong>**.<\/p>\n Les \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es pourront \u00eatre d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 la billetterie du mus\u00e9e d\u00e9partemental d\u2019art ancien et contemporain \u00e0 Epinal jusqu\u2019au 1er juin 2015. Les r\u00e9compenses :<\/strong><\/p>\n Pour les moins de 18 ans : <\/strong> Pour les plus de 18 ans<\/strong> Le texte de Jeanne Cressanges**<\/strong><\/p>\n Il \u00e9tait une fois\u2026 L\u2019aube d\u2019une journ\u00e9e de d\u00e9but de printemps met un soup\u00e7on de rose dans un ciel nuageux au-dessus de collines encore grises. A peine une promesse de feuilles sur les branches d\u2019arbrisseaux embu\u00e9s de brume. Elle, elle s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de sa tour aux fen\u00eatres closes, v\u00eatue d\u2019une longue chemise d\u2019un gris bleut\u00e9 presque transparente sur laquelle elle a jet\u00e9 une tunique blanche qui laisse deviner de beaux seins, un ventre et des cuisses tels qu\u2019on les voit chez les grandes V\u00e9nus romaines. Elle n\u2019a m\u00eame pas pris le temps de se chausser, laissant \u00e0 nu ses pieds dont l\u2019un f\u00e2cheusement d\u00e9form\u00e9 chez une femme aussi jeune. Aurait-elle essay\u00e9 de porter le soulier de satin\u00a0 qui comprime les \u00e9lans des sens ?\u00a0 Pourquoi cette h\u00e2te \u00e0 sortir ? Avait-elle rendez-vous hors de la ville qu\u2019on devine au loin, encore\u00a0 p\u00e9trifi\u00e9e de sommeil sur\u00a0 l\u2019\u00eele\u00a0 d\u2019une rivi\u00e8re ou d\u2019un lac, avec cet homme d\u2019or et de pourpre, un jeune faucon port\u00e9 sur son gant ? Lui, il \u00e9tait en avance, sans doute. Sa tenue est soign\u00e9e, des bottes noires au chapeau rouge en passant par une robe qui semble sortir des mains d\u2019un orf\u00e8vre et une barbe blonde bien taill\u00e9e. Relevant d\u2019une main son manteau, il s\u2019appr\u00eate\u00a0 \u00e0 plier le genou devant elle. A moins qu\u2019il ne cherche \u00e0 lui d\u00e9voiler une jambe puissante\u2026Ne nous \u00e9garons pas. Si, au sujet de l\u2019oiseau, je parle d\u2019un \u00ab jeune faucon \u00bb c\u2019est que la fa\u00e7on dont l\u2019homme le tient m\u2019a rappel\u00e9 l\u2019affaitement pratiqu\u00e9 autrefois par les nobles mais, \u00e0 premi\u00e8re vue, ce dr\u00f4le de volatile m\u2019a paru \u00eatre un pigeon\u2026Et pourquoi n\u2019en serait-ce pas un qu\u2019il va tendre \u00e0 la Belle en hommage d\u2019amour ? Nous sommes paisibles, nous le voulons, Richard Rognet Mus\u00e9e d\u00e9partemental d\u2019art ancien et contemporain
\nLa remise des prix aura lieu le jeudi 18 juin \u00e0 18h30 au mus\u00e9e d\u00e9partemental.<\/p>\n
\nLe 1er prix, toutes disciplines confondues, recevra 500 euros en bons d\u2019achat<\/strong><\/p>\n
\nLe 1er prix, toutes disciplines confondues recevra 1 000 euros.<\/strong><\/p>\n
\nQu\u2019on ne dise pas qu\u2019une fois de plus mon imagination romanesque m\u2019\u00e9gare ! J\u2019ai des preuves de ce que j\u2019avance. Voyez comme la dame le regarde, troubl\u00e9e,\u00a0 main pos\u00e9e sur le c\u0153ur! Si elle tend vers lui une sorte de palme c\u2019est bien pour cueillir l\u2019oiseau,\u00a0 acceptant ainsi son gage d\u2019attachement.
\nMais quel est donc ce personnage de second plan en habit eccl\u00e9siastique qui, agenouill\u00e9 derri\u00e8re eux, mains jointes, semble surveiller le jeune seigneur ?\u00a0 Voil\u00e0 qui confirme mes dires. Cet homme de Dieu s\u2019effraie de voir les jeunes gens r\u00e9unis et supplie le pr\u00e9tendu fauconnier de ne pas franchir la faible distance qui le s\u00e9pare de sa dame. Mouvement qui pourrait le conduire \u00e0 la prendre dans ses bras pour d\u00e9poser pigeon et baisers dans le doux nid de sa gorge\u2026Cet amour serait-il interdit ? A-t-il une \u00e9pouse en son logis ? Serait-elle mari\u00e9e ? N\u2019imaginons pas le pire : l\u2019adult\u00e8re\u2026Une diff\u00e9rence de rang social entre lui et elle ? Certes, il a plus noble allure qu\u2019elle, mais elle porte couronne ! Sans doute ce moine ou chanoine ou cur\u00e9 a-t-il\u00a0 l\u2019exp\u00e9rience de la vie – celle des autres. Il sait que le d\u00e9sir peut conduire au p\u00e9ch\u00e9 de chair entre c\u00e9libataires de m\u00eame condition. Elevant entre eux le mur de ses pri\u00e8res, il souhaite leur \u00e9viter le faux pas. Mais peut-il emp\u00eacher l\u2019oiseau de remplir son amoureuse mission r\u00e9duisant \u00e0 n\u00e9ant ce\u00a0 barrage de saintes paroles ?
\nLui a un pr\u00e9nom insolite. Passe encore ! On trouve bien des Adelphe, des Venceslas, des B\u00e9nard dans le calendrier, mais elle ! Je ne peux me\u00a0 r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019appeler ainsi. Je la nommerai Barbara. Nous sommes enfin en pays connu. Voici la dame en noir, pour une fois de clair v\u00eatue, chantant\u00a0 de sa voix grave qui bouleverse l\u2019\u00e2me : \u00ab Mon plus bel amour, c\u2019est toi ! \u00bb Comment pourrait-il r\u00e9sister \u00e0 un tel aveu ? Foin des pri\u00e8res, des distances, des prudences : ces deux l\u00e0 vont s\u2019aimer !
\nSurtout, ne prenez garde au titre du tableau. Les peintres sont d\u2019aimables hypocrites. Pour enivrer leurs pinceaux, eux-m\u00eames et nous, spectateurs de leur th\u00e9\u00e2tre int\u00e9rieur, en toute qui\u00e9tude et rassurer les bien- pensants, ils donnent des noms de dieux ou d\u00e9esses, de saints ou de saintes, \u00e0 des corps dont les beaut\u00e9s, les gr\u00e2ces ou les d\u00e9ch\u00e9ances ne\u00a0 sont pourtant dues qu\u2019\u00e0 leur nature humaine. Les \u00ab vierge allaitant l\u2019enfant \u00bb leur ont permis de nous faire jouir de bien craquants d\u00e9collet\u00e9s ! Et voyez leurs si s\u00e9duisants \u00ab saint Jean-Baptiste \u00bb alors qu\u2019on sait qu\u2019il \u00e9tait moche et pouilleux. Je ne parlerai pas de leurs \u00ab sainte Marie-Madeleine \u00bb qui, le plus souvent, feraient damner un saint ! Quant \u00e0 la date \u00e0 laquelle cette toile a \u00e9t\u00e9 peinte, ignorez-la. Si elle est d\u2019hier, elle est d\u2019aujourd\u2019hui, puisque ce tableau nous am\u00e8ne encore \u00e0 nous raconter des histoires.
\nLe po\u00e8me de Richard Rognet*<\/strong><\/p>\n
\nobstin\u00e9ment, nous ne crierons pas,
\nnous ne g\u00e9mirons pas devant la noirceur
\nqui guette nos seuils, nos maisons,
\nnos chambres o\u00f9 tant de r\u00eaves
\nont murmur\u00e9 avec nos paroles vivantes,
\nnous connaissons le prix
\nd’un bouquet rapport\u00e9
\nd’une promenade, l\u00e9ger bouquet
\nqui porte en lui l’\u00e9paisseur
\ndes pr\u00e9s et celle des nuages,
\nnous savons que la vie ne se reconna\u00eet pas
\ndans l’usure des jours accumul\u00e9s
\nsur nous, nous savons aussi
\nqu’un regard hostile, une parole
\nde travers, un coup mal d\u00e9tourn\u00e9,
\npeuvent rendre \u00e0 jamais une pri\u00e8re vaine,
\nmais nous restons paisibles,
\ntrop d’impasses nous ont fourvoy\u00e9s
\nou jet\u00e9s au-devant d’une nuit
\ndont nous ne voulons pas
\nqu’elle souille et trahisse
\nnos ultimes aurores.<\/p>\n
\nInformations pratiques :<\/span><\/p>\n
\n<\/strong>1, place Lagarde
\n88 000 Epinal
\nT\u00e9l. : 03 29 82 20 33
\nMail : musee-mdaac@cg88.fr<\/a><\/p>\n