Un immense sentiment de honte, c\u2019est ce qu\u2019a \u00e9prouv\u00e9 la r\u00e9daction nationale de France 3, le 7\u00a0janvier 2015. Une heure apr\u00e8s l\u2019attentat contre Charlie Hebdo<\/em>, l\u2019\u00e9dition nationale de la mi-journ\u00e9e faisait ses titres sur l\u2019ouverture des soldes et les bains de mer en hiver.<\/p>\n Les t\u00e9l\u00e9spectateurs r\u00e9agissent aussit\u00f4t, scandalis\u00e9s\u00a0: \u00abComment pouvez-vous avoir rel\u00e9gu\u00e9 au second plan dans votre journal une information aussi importante\u00a0et dramatique ?\u00bb<\/em>,\u00a0\u00e9crit un t\u00e9l\u00e9spectateur. \u00abComment peut-on continuer de d\u00e9biter des banalit\u00e9s sachant que des confr\u00e8res se font massacrer ? Les infos deviennent une entreprise d\u2019abrutissement collectif\u00bb<\/em>,\u00a0poursuit un autre. \u00abC\u2019est fini je ne vous regarde plus. J\u2019ai honte\u00a0!\u00bb<\/em>, conclut un troisi\u00e8me.<\/p>\n Un crash \u00e9ditorial qui r\u00e9volte toute une r\u00e9daction, mais aussi toute une cha\u00eene\u00a0: France 3, la cha\u00eene des r\u00e9gions. Mais cela ne suffisait pas. Dans les jours qui ont suivi, nous\u00a0avons\u00a0vu une cha\u00eene du service public en \u00e9craser une autre. France 2 prenait l\u2019antenne en continu, r\u00e9quisitionnant\u00a0tous les moyens techniques, d\u00e9sormais mutualis\u00e9s, entravant ainsi le travail des \u00e9quipes de France 3 sur le terrain. Et alors que les citoyens se rassemblaient par millions dans toute la France et que toutes nos stations r\u00e9gionales se mobilisaient, leur cha\u00eene continuait \u00e0 diffuser jeux et s\u00e9ries\u00a0!<\/p>\n Ce faisant, la\u00a0direction de France T\u00e9l\u00e9visions a d\u00e9voil\u00e9 ses v\u00e9ritables intentions et objectifs pour l\u2019avenir. Son projet \u00abInfo 2015\u00bb de fusion des r\u00e9dactions nationales de France 2 et France 3\u00a0signe purement et simplement la mort de la r\u00e9daction nationale de France 3.\u00a0Une mort par asphyxie qui a commenc\u00e9 il y a quatre ans lorsque le directeur de l\u2019information, Thierry Thuillier, a d\u00e9cid\u00e9 de confiner l\u2019information sur la Trois \u00e0 la \u00abproximit\u00e9\u00bb<\/em>. Comprendre\u00a0: le franchouillard, les faits divers et les catastrophes, pour laisser \u00e0 France 2 l\u2019international, la politique, l\u2019\u00e9conomie. C\u2019est ainsi que des pans entiers de notre travail ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s\u00a0: comme le suivi des quartiers d\u00e9favoris\u00e9s et les reportages \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, o\u00f9 nous \u00e9tions pourtant les rares \u00e0 proposer un autre regard.<\/p>\n C\u2019est un mod\u00e8le d\u2019information lanc\u00e9 il y a trente ans que l\u2019on assassine. Un mod\u00e8le qui a su faire ses preuves en associant aux sessions d\u2019information locale et r\u00e9gionale, la dimension nationale et internationale. Une formule qui garde le soutien de ses t\u00e9l\u00e9spectateurs.<\/p>\n L\u2019originalit\u00e9 de\u00a0France 3, c\u2019est aussi un r\u00e9seau de r\u00e9dactions compos\u00e9es\u00a0de femmes et d\u2019hommes de toutes origines et de tous milieux. Nous sommes souvent en d\u00e9saccord entre nous et avec notre hi\u00e9rarchie, nous sommes turbulents, mais nous sommes\u00a0fiers d\u2019appartenir \u00e0 cette r\u00e9daction de France 3, o\u00f9 la libert\u00e9 d\u2019expression doit rester notre moteur. Nous avons fait de l\u2019esprit critique notre marque de fabrique avec la volont\u00e9 d\u2019offrir aux t\u00e9l\u00e9spectateurs une autre mani\u00e8re de rendre compte de l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n Le 7\u00a0janvier et les jours qui ont suivi, nous avons d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9s de faire notre m\u00e9tier d\u2019informer, parce que le choix a \u00e9t\u00e9 fait de confier la couverture d\u2019un \u00e9v\u00e9nement majeur \u00e0 une seule cha\u00eene, France 2. Forts de notre identit\u00e9, ancr\u00e9e dans les r\u00e9gions, nous n\u2019aurions certainement pas dit les m\u00eames choses, ni relat\u00e9 les faits de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n Cette faillite \u00e9ditoriale est le r\u00e9sultat d\u2019un lent et r\u00e9fl\u00e9chi travail de sape. Depuis quatre ans, la r\u00e9daction nationale de France 3 subit humiliations, d\u00e9classement et d\u00e9professionnalisation, sur fond de r\u00e9volution num\u00e9rique g\u00e9r\u00e9e de fa\u00e7on calamiteuse. En r\u00e9gion, on ferme des \u00e9ditions locales, les bureaux r\u00e9gionaux sont exsangues\u2026 Nous disons assez, stop\u00a0! Avec France 2, nos confr\u00e8res et coll\u00e8gues, nous disons oui au partage de certains moyens techniques, dans un souci d\u2019\u00e9conomies, mais nous clamons\u00a0: non au pillage.<\/p>\n Si nous ne r\u00e9agissons pas et si les t\u00e9l\u00e9spectateurs-citoyens ne nous viennent pas en aide pour sauver France 3, c\u2019est \u00e0 la fois la pluralit\u00e9 et le pluralisme de l\u2019information \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision publique qui vont s\u2019\u00e9teindre. France 3 doit vivre, c\u2019est pourquoi nous lan\u00e7ons ce SOS ! \u00ab\u00a0<\/p>\n Texte vot\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 le 26 janvier\u00a0en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale.<\/strong><\/p>\n<\/div>\nUne mort par asphyxie<\/h3>\n
Humiliations, d\u00e9classement, d\u00e9professionnalisation<\/h3>\n